Parcours d’un indic qui commence à Attac …

[Note de cestdejatoutdesuite :
Avec Attac, la taupe étudiante était déjà en terrain "acquis", entre d'omniprésents militants carriéristes s'accommodant de pratiques patronales et de crapuleux citoyennistes altermondains regrettant la "complaisance" (sic) des flics contre des manifestants-tes*...(*extrait de cette semaine n°83)]

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De la cour de recréation aux services de renseignements

Les services de renseignements suisses ont fait surveiller des altermondialistes en Suisse et à l’étranger. Maintenant, un mouchard parle de ses activités.

L’homme était un mouchard pour les service de renseignements genevois et fédéraux. Il n’a pas infiltré une cellule de terroristes supposés – mais l’organisation altermondialiste Attac à Genève. Il était censé y nouer des contacts avec des groupes « plus radicaux ». Point de rencontre : la gare Cornavin à Genève. C’est une journée chaude. L’ancien indic, appelons-le Lorenz, est un homme débraillé. Il porte des shorts, des cheveux légèrement décoiffés, une barbichette.

« C’était à la fin de ma scolarité au collège, à l’été 2005. Une collègue de classe m’a demandé si j’avais envie de travailler comme indic de la police dans le milieu de l’extrême-gauche », dit Lorenz. Alors, âgé de 19 ans à l’époque, il rencontre un employé de la « Cellule renseignements », le service des renseignements genevois. La Cellule collabore étroitement avec la centrale de l’ancien service des renseignements de l’intérieur « Service d’analyse et de prévention SAP » (aujourd’hui : Service des renseignements de la Confédération SRC).

Lorenz ne veut pas donner le nom de l’agent qui avait une fonction dirigeante dans la Cellule à l’époque. Il ne veut pas « provoquer une guerre avec la police ». De toute manière, il dit avoir eu un rapport presque amical avec cet homme. Il l’appelle Philippe.

La première rencontre : « C’était un peu comme dans un film. Nous avons tourné un moment dans sa voiture », se rappelle Lorenz. Il lui aurait dit de collaborer avec Attac Genève. Puis, Philippe lui a donné un téléphone portable pour garder contact. Par la suite, ils se sont rencontrés toutes les deux ou trois semaines dans des cafés.

La première mission

Lorenz s’est rapidement rendu compte qu’Attac n’était pas la cible principale de la mission d’infiltration. « Il s’agissait surtout de se procurer des informations par rapport aux manifestations. » Attac en tant qu’organisation « ouverte » n’était qu’un moyen pour d’autres fins, dit Lorenz. « J’étais censé participer à des réunions de comités pour Attac afin de me rapprocher peu à peu des groupes plus radicaux. »

Sa première « mission », c’était une manifestation contre l’Organisation mondiale du commerce à Genève en 2005. Plus d’une centaine d’organisations suisses et étrangères avaient appelé à celle-ci. Lorenz a participé aux réunions de préparation. Pendant la manif, il était également en contact direct avec la police par le biais de son téléphone portable. « Ils voulaient savoir ce qui se passait à l’intérieur de la manif, si des gens se cagoulaient par exemple. » Il n’y a pas eu d’incidents. Aujourd’hui, les procès-verbaux des réunions de préparation sont encore consultables par tous sur Internet. Lorenz est ensuite parti pour assez longtemps suivre son école de recrues et en vacances. En septembre 2006, il était de retour. Philippe lui a présenté une nouvelle personne de contact : Marc de la centrale du SAP à Berne. Un romand, assez âgé. Il était censé prendre le relais de Philippe après un certain temps. Quant à Philippe, il a été transféré dans une autre section à l’intérieur de la police genevoise. Marc lui a également donné un téléphone portable, dit Lorenz.

Par la suite, le service des renseignements a mis Lorenz derrière les mobilisations contre le forum économique mondial de Davos et le sommet du G8 à Heiligendamm en Allemagne. Lorenz se souvient de deux organisations qui intéressaient particulièrement le service des renseignements : le Revolutionärer Aufbau de Zurich et le réseau de mobilisation anti-G8 autonome « Dissent ! ». Le militant genevois a connu Olivier de Marcellus qui avait par exemple des liens avec « Dissent ! ». « Si tu as la chance de te rapprocher de lui : il nous intéresse », lui aurait dit Philippe, selon Lorenz. Il dit avoir parlé une ou deux fois avec de Marcellus. Il n’y a pourtant pas eu un vrai rapprochement. En revanche, il a participé à une rencontre informative du réseau « Dissent ! » à l’espace autogéré à Lausanne en décembre 2006.

Encore plus de mouchards

Fin 2006 également, Lorenz est allé à Berne pour une réunion de préparation d’actions à Davos. Il dit ne plus se souvenir de ce qui a été dit lors de cette réunion à la Reitschule. « Je ne comprends de toute manière guère le suisse allemand. » Il se souvient pourtant qu’il y avait enfin rencontré un représentant du Revolutionärer Aufbau. Une autre personne également présente lui a été décrite par le service des renseignements en avance : « Il m’avait dit : ’Lui, il est violent – certainement contre des objets, mais peut-être aussi contre des personnes.’ »

Lorenz est sûr que, hormis lui-même, il y avait d’autres mouchards. « Il m’ont montré des procès-verbaux de réunions et des invitations à des réunions que le service des renseignements n’aurait pas pu se procurer autrement. » Il ne dit cependant ne pas pouvoir le prouver.

Dans l’armée des clowns

Sa prochaine mission l’a amené d’abord à Zurich. Le GSsA avait appelé sur sa mailing list à gêner la rencontre à Davos sous la forme d’une armée de clowns. Le 26 janvier 2007, il a participé à une réunion de préparation au squat « Kalkbreite » à Zurich. Une personne qui y était aussi se souvient de lui : « Je pensais : ’Cool, il y a même quelqu’un de Genève qui est venu.’ »

Lorenz a appris à cette rencontre que la soi-disant armée des clowns ne voulait pas respecter le parcours autorisé de la manifestation le lendemain à Davos, mais aller directement devant les hôtels de luxe et y créer du chahut. Plein de zèle, il l’a dit à l’agent du SAP, Marc. Malgré sa proposition de dormir dans un hôtel, Lorenz a passé la nuit avec des militantEs. Le lendemain, le mouchard s’est amusé à Davos au service de l’armée des clowns.

En été 2007, l’indic est allé à Rostock dans un train spécial avec plusieurs centaines de personnes de toute la Suisse. C’était sa dernière mission. L’agent Marc était aussi à Rostock – cependant dans un hôtel. « Je l’ai rencontré deux fois », ce qui n’aurait pourtant pas été facile puisqu’il devait trouver des excuses pour que ses collègues d’Attac ne se méfient pas. « De toute manière : je n’avais pas grand-chose d’intéressant à lui raconter. Et je n’étais plus très motivé non plus. »

A ce moment-là à Rostock, il semble qu’une sorte d’Internationale des services de renseignements ait été présente : « Il y avait des Français, des Suisses, etc. Chacun avait ses indics », dit Lorenz. Lui n’aurait pourtant rencontré que Marc.

Agent provocateur

Un autre indic a été découvert début 2011 : le policier anglais Mark Kennedy qui a infiltré des groupes de gauche en Angleterre, en Allemagne et dans d’autres pays pendant au moins sept ans. Il a participé à des blocages au sommet G8 à Heiligendamm. Un agent provocateur.

Le land de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale aurait explicitement demandé à employer un agent infiltré britannique selon le « Spiegel Online ». « Je n’étais en revanche qu’un petit joueur », dit Lorenz. Et en tant que « petit joueur », il a reçu 2500 francs pour trois jours à Rostock. « En tout, j’ai gagné environ 10000 francs. » L’argent lui aurait été versé en espèces.

Après un certain temps, le fait qu’il était censé fournir des informations, mais que ses personnes de contact ne lui ont jamais rien révélé, commençait à le déranger. En plus, il n’a jamais été formé pour sa mission. « Il ne m’ont pas dit quelles limites il fallait que je respecte, ils ne m’ont guère donné de conseils. »

Et c’est ainsi que Lorenz a terminé sa carrière d’indic et s’est voué à ses études en sciences po par la suite. Lui, qui se dit gauchiste (« proche du PS et des Verts »), il ne veut pas mettre en question la collaboration avec les service des renseignements. Il veut en revanche tourner la page. « C’est pourquoi j’ai contacté Attac. Je ne veux pas trimballer un secret pendant des décennies comme Günter Grass. » Il ne veut néanmoins pas voir son visage et son nom dans le journal. « Moi aussi, je voudrais pouvoir aller à une fête à la Reitschule en tant que visiteur normal », dit-il.

Et les infiltrés, il pensent quoi ? Allessandro Pelizzari d’Attac Genève : « Nous voulons être une organisation ouverte. Nous l’avons donc accueilli à bras ouverts. » Pelizzari n’est pas surpris que le groupe se soit fait infiltrer. « Mais je suis surpris que ce soit lui. On n’a jamais été méfiants à son égard. » Il dit ne pas être en colère. « Mais je suis énervé qu’on ait été aussi naïfs. » En tant que syndicaliste à Genève, il a d’ailleurs été victime à maintes reprises de restrictions par l’Etat des formes d’expression démocratiques. Andreas Cassee du GSsA considère l’infiltration comme une « attaque sur la culture démocratique ». Il serait important de pouvoir s’organiser ouvertement et de manière démocratique. « Le service des renseignements, veut-il semer de la méfiance ? Veut-il que les groupe s’isolent ? »

Le service des renseignements de la Confédération – ce qui est peu surprenant – ne veut « ni confirmer ni démentir cette affaire ». Le SRC a pour principe de ne répondre à aucune requête par rapport à « des activités opérationnelles supposées ».

A Genève en revanche, on dément : « La police genevoise n’a pas ’infiltré’ le groupe Attac. En ce qui concerne les lois sur la sécurité intérieure, il n’y a pas de raisons de surveiller cette organisation. »

Il y a un certain nombre de questions qui restent ouvertes : pourquoi ont-ils visé des groupes comme Attac et le GSsA qui ne sont de toute évidence pas une menace pour la sécurité intérieure ? Sur quelle base légale, tout cela a été fait ? Est-ce que l’Allemagne était au courant de sa mission ? Et pourquoi, les services de renseignements recrutent des jeunes dans la cour de recréation ?

[Traduit par le Réveil
Article tiré de la WOZ et disponible sur Indymedia Suisse Allemande.]

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L’espion venu des salles de cours

De 2005 à 2007, un étudiant genevois a infiltré des groupements altermondialistes pour le compte du canton de Genève et de la Confédération. L’ex-espion se met à table.

L’homme était un espion à la solde des renseignements genevois et fédéraux. Sa mission ne consistait pas à infiltrer de potentielles cellules terroristes, mais l’organisation altermondialiste Attac à Genève. A partir de là, il devait nouer des contacts avec des groupements plus «radicaux».
Rendez-vous est pris à la gare de Genève-Cornavin. Il fait très chaud ce jour-là. L’ex-espion – appelons-le Laurent – est un jeune homme dégingandé. Il est habillé en shorts, a les cheveux légèrement ébouriffés et une barbichette.
«C’était à la fin de mes études au collège, à l’été 2005, se souvient Laurent. Une camarade de classe m’a demandé si j’avais envie de travailler comme informateur de la police dans les mouvements d’extrême gauche.» Peu après, le jeune homme, alors âgé de 19 ans, rencontrait un agent de la «Cellule renseignement» de la Police genevoise. Cette cellule collaborait étroitement avec le Service fédéral d’analyse et de prévention (SAP), l’actuel Service de renseignement de la Confédération (SRC).

Une relation amicale
On n’en saura pas plus pour l’instant sur l’identité de sa personne de contact. L’ex-espion refuse de divulguer le nom de cet ancien cadre de la Cellule renseignement, expliquant qu’il ne veut pas «entrer en guerre avec la police». D’ailleurs, ses rapports avec lui étaient amicaux. Il l’appelle Philippe.
Leur première rencontre s’est déroulée «un peu comme dans un film», raconte Laurent. «Nous avons fait un tour du quartier dans sa voiture. Philippe m’a expliqué qu’il s’agissait de travailler au sein d’Attac Genève.» Le policier lui aurait donné un téléphone portable afin de faciliter leurs communications. Par la suite, ils se seraient vus toutes les deux à trois semaines.
Laurent s’est rapidement aperçu qu’Attac n’était pas la véritable cible de sa mission d’infiltration. «Il s’agissait avant tout de récolter des informations sur des manifestations», analyse-t-il. En tant qu’organisation «ouverte», Attac constituait un moyen d’atteindre ce but. «Je devais participer à des séances de comité comme délégué d’Attac et me rapprocher peu à peu de groupements plus radicaux.»
Sa carrière d’espion a commencé par une manifestation contre l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en octobre 2005 à Genève. Une centaine d’organisations en Suisse et à l’étranger appelaient à la mobilisation. Laurent a participé aux séances de préparation. Même pendant la manifestation, il était en contact téléphonique avec la police. «Ils voulaient savoir ce qui se passait dans la foule, par exemple s’il y avait des gens cagoulés», commente-t-il. La manifestation s’est déroulée sans incident. Et sans secret: des procès-verbaux des séances de préparation sont aujourd’hui encore accessibles sur internet.

Au WEF de Davos
Après une longue pause consacrée à l’école de recrues et à des vacances, Laurent est revenu aux affaires en septembre 2006. Philippe lui a présenté une nouvelle personne de contact: Marc, un Romand plutôt âgé travaillant à la centrale du SAP à Berne. A terme, il devait prendre le relais de Philippe, qui avait été appelé dans une autre section de la Police genevoise. Marc aurait à son tour donné un téléphone portable à l’espion.
Laurent a alors été chargé de suivre la mobilisation contre le Forum économique mondial de Davos et le sommet du G8 à Heiligendamm, en Allemagne. Il se souvient de deux organisations qui intéressaient particulièrement les Renseignements fédéraux: le Revolutionärer Aufbau, de Zurich, et le réseau de mobilisation autonome anti-G 8 Dissent! Parmi les gens liés à Dissent! se trouvait le militant genevois Olivier de Marcellus. «Si tu as la chance de l’approcher, il nous intéresse», lui aurait dit Philippe. Laurent a certes pu lui parler une ou deux fois, mais sans vraiment devenir proche de lui. Par contre, Laurent a pris part en décembre 2006 à une réunion d’information du réseau Dissent! à l’Espace autogéré à Lausanne.
Toujours vers la fin 2006, Laurent s’est aussi rendu à la Reitschule de Berne pour une séance de préparation de la mobilisation à Davos. Il dit ne se pas se rappeler le contenu des discussions. «Je comprenais à peine le suisse allemand», se justifie-t-il. Il se souvient toutefois d’y avoir enfin rencontré un représentant du Revolutionärer Aufbau, et d’avoir reconnu une personne dont le signalement lui avait été donné par les Renseignements. «Ils me disaient que cet homme était prêt à recourir à des actions violentes, en tout cas contre des biens, peut-être même contre des êtres humains.»

Pas le seul espion
Pour Laurent, c’est une certitude: il y avait d’autres espions à part lui. «Les Renseignements m’ont montré des procès-verbaux de séances et des invitations à des réunions auxquels ils n’auraient pas pu accéder sans cela», assure-t-il, sans toutefois en apporter la preuve.
La mission suivante a mené Laurent à Zurich. Le Groupe pour une Suisse sans armée (GSSA) avait fait un mailing pour appeler ses sympathisants à se rendre à Davos, déguisés en clown avec des habits militaires, pour y semer la confusion. Le 26 janvier 2007, Laurent participait à une séance de préparation au squat de la Kalkbreite, à Zurich. Une des personnes présentes se souvient de lui: «Je me suis dit: ouah, il y a même quelqu’un qui vient de Genève!»
Lors de cette rencontre, Laurent a appris que, le lendemain, l’armée de clowns ne suivrait pas le parcours de la manifestation autorisée, mais irait faire du tapage directement devant les hôtels de luxe. Une information qu’il s’est empressé de communiquer à Marc, l’agent du SAP. Plutôt que de dormir à l’hôtel, comme Marc le lui proposait, l’espion a préféré passer la nuit avec des activistes. Le lendemain, il était dans les rangs de la fameuse armée de clowns envahissant Davos.

Internationale du renseignement
A l’été 2007, Laurent a fait le voyage jusqu’à Rostock par un train spécial emmenant plusieurs centaines de personnes de toute la Suisse. Il était en route pour ce qui allait être sa dernière mission. La taupe passait la nuit dans le campement anti-G8. Marc se trouvait aussi à Rostock, mais il logeait à l’hôtel. «Nous nous sommes vus deux fois», relate Laurent. Non sans complications: l’espion devait inventer des prétextes afin de ne pas éveiller les soupçons de ses collègues d’Attac. «De toute façon, je n’avais pas grand-chose d’intéressant à lui raconter. Et puis je n’étais plus très motivé.»
Rostock semble avoir accueilli pour l’occasion une sorte d’Internationale du renseignement. «Il y avait des Français, des Suisses, etc. Chacun avait ses informateurs», affirme Laurent. Lui-même n’aurait été toutefois en contact qu’avec Marc.

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De la taupe en herbe à l’espion chevronné
Au début de l’année 2011, une taupe chevronnée a été dénichée: Mark Kennedy, un policier anglais, avait infiltré durant au moins sept ans des groupements de gauche au Royaume-Uni, en Allemagne et dans d’autres pays. Lors du Sommet du G8 à Heiligendamm, il avait œuvré comme agent provocateur en participant à des actions de blocage. Selon le «Spiegel-Online», les autorités du Mecklenburg-Vorpommern avaient explicitement sollicité l’engagement d’un agent britannique sous couverture.
«En comparaison, je n’étais qu’un petit poisson», illustre Laurent. A ce titre, trois jours d’engagement à Rostock lui ont été payés 2500 francs. «En tout, j’ai dû gagner dans les 10 000 francs», évalue-t-il. Chaque fois, l’argent lui aurait été remis de main à main.
Avec le temps, Laurent dit en avoir eu assez de devoir livrer des informations, alors que ses contacts ne lui dévoilent quasiment rien en contrepartie. En outre, il n’a jamais été formé pour ses missions. «Ils ne me disaient pas quelles limites je devais respecter et ne me donnaient quasiment aucun conseil.»
C’est ainsi que Laurent a mis fin à sa carrière d’espion, pour se consacrer entièrement à ses études de sciences politiques. Lui qui se dit de gauche («proche du Parti socialiste et des Verts») n’est pourtant guère enclin à remettre fondamentalement en question le travail des services secrets. Ce qu’il veut, c’est tirer un trait sur ce chapitre de son histoire. «C’est pour cela que j’ai pris contact avec Attac. Je ne veux pas faire comme Günter Grass, et traîner derrière moi un secret pendant des décennies.» Mais l’ancien espion ne souhaite pas voir son nom et son visage apparaître dans le journal. «J’aimerais pouvoir me rendre à une soirée de la Reitschule comme n’importe quel visiteur», explique-t-il. dg

Les autorités genevoises démentent
Qu’en disent les «victimes» de la taupe? «Nous nous revendiquons comme une organisation ouverte. Nous avons donc accueilli Laurent les bras ouverts», commente Alessandro Pelizzari, d’Attac Genève. L’infiltration de son groupement ne l’étonne pas. «Mais je suis surpris par l’identité de l’espion. Nous ne nous sommes jamais méfiés de lui.» Pas de quoi susciter chez lui de la colère. «Mais cela m’énerve. Nous étions si naïfs et crédules à l’époque.» Dans son travail de syndicaliste, Alessandro Pelizzari dit se heurter continuellement à des restrictions de la liberté d’expression imposées par l’Etat.
Au GSSA, Andreas Cassee qualifie l’engagement d’un espion d’«attaque frontale contre la culture démocratique.» Pour lui, il est important de pouvoir s’organiser de manière ouverte, en s’appuyant sur la base. «Les services de protection de l’Etat veulent-ils semer la méfiance? Veulent-ils que les organisations s’isolent?»
Contacté, le Service de renseignement de la Confédération ne veut «ni confirmer ni démentir les faits». Le SRC refuserait par principe de répondre à des demandes concernant de «supposées activités opérationnelles».
Le canton de Genève, en revanche, nie en bloc. «La Police genevoise n’a procédé à aucune ‘infiltration’ du groupe Attac. Il n’y a pas de raison que cette association soit l’objet de surveillance de la part de nos services en regard des lois visant la sûreté intérieure de l’Etat.»
De nombreuses questions restent donc ouvertes. Pourquoi Attac et le GSSA ont-ils été visés, alors qu’ils ne représentent manifestement aucune menace pour la sûreté intérieure? Sur quelle base légale s’appuyait une telle opération? L’Allemagne était-elle au courant de la mission d’infiltration suisse à Heiligendamm? Et comment se fait-il que les renseignements aillent recruter dans les cours d’école?

[Trouvé dans le quotidien Le Courrier le 1er septembre 2011]

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