Avalanche – Correspondance anarchiste – numéro 5 – juillet 2015

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Editorial

La base de la révolte contre la misère quotidienne est une critique de la société. Car ne plus se soumettre aux pouvoirs qui contrôlent, c’est ne plus croire (temporairement ou partiellement) à la fondation idéologique de ces pouvoirs. Pour des anarchistes, une telle critique est radicale, car elle ne se limite pas à une forme spécifique du pouvoir, mais s’applique à l’autorité dans toutes ses expressions du présent, du passé et du futur. La critique anarchiste agite et provoque parce qu’elle démystifie les fondations morales de la société. Potentiellement, elle peut éliminer les structures sociales, économiques et politiques du pouvoir. Elle peut ouvrir un chemin vers la subversion de la société.

Évidemment, cette critique ne peut pas uniquement être développée au niveau théorique. Ne pas engager le conflit direct avec cette société, c’est se priver des expériences nécessaires pour comprendre les dynamiques de récupération et de répression. Ainsi, elle deviendrait une critique qui stagne et afin de cacher ce fait, elle s’enveloppera dans un langage incompréhensible. Elle peut même devenir une arme dans les mains des pouvoirs pour jouer leur jeu de récupération et de répression. La dynamique entre l’action critique et l’analyse est vitale afin d’éviter de démystifier les structures actuelles du pouvoir en même temps que de mystifier d’autres formes d’autorité, préparant le terrain au réformisme ou à un nouveau cycle oppression et d’exploitation.

La répression contre les anarchistes n’a jamais attendu jusqu’au moment que le mouvement anarchiste soit assez grand pour former une armée ou une guérilla capables d’écraser violemment le pouvoir – exactement parce que la force de l’anarchie ne réside pas dans le nombre de soldats ou la quantité de ressources qu’elle sait mobiliser, mais dans les idées et pratiques subversives qu’elle saurait inspirer. Comprendre chaque instant de répression comme une sorte de reconnaissance de la part des forces répressives de la menace potentielle émanant des anarchistes serait trop rapide et parfois même une mauvaise évaluation des capacités des anarchistes et/ou de la police. D’autres facteurs peuvent jouer, tels que donner une démonstration de la productivité des forces policières (et donc de la légitimité de leur existence ou de leur expansion), la création d’un spectacle de crise (afin de présenter une certaine décision politique comme inévitable), poser un exemple (afin de décourager d’autres à se révolter)… Mais le pouvoir ne tolérera jamais des attaques anarchistes contre les rapports sociaux qui l’étalent.

Être ou ne pas être anarchiste n’a jamais été la question centrale, car une critique radicale de l’autorité ne peut pas se résumer à une identité ou à un adjectif. Elle est une dynamique infinie de pratiques et de théories qui visent la subversion de la société. Les anarchistes et les luttes anarchistes ne peuvent pas se soustraire à cette critique. Cette publication a été conçu comme un outil pour exactement cela ; un espace de réflexion sur comment rendre la critique anarchiste potentiellement subversive, comment l’immerger dans une dynamique d’analyse et d’action. Les projets de lutte (ou les interventions d’anarchistes au sein des luttes) sont les expériences qu’on doit partager, afin de les comprendre et de les évaluer. Les textes écrits avec ces bases en tête sont les contributions que nous estimons nécessaires pour faire émerger une correspondance qui renforce la critique anarchiste et radicale de la société.

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http://avalanche.noblogs.org

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