[Notre Dame Des Landes] Une réponse à l’article paru dans le Monde à propos de la lutte contre l’aéroport

En réponse à l’article signé Anne-Sophie Mercier paru dans le Monde le 25/10/2011 « Avec les « enragés » de Notre-Dame-des-Landes ».

Veuillez prendre note que ceci est un message qui n’est pas représentatif de l’opinion globale des occupant-e-s de la ZAD mais seulement d’individu-e-s, à destination de la journaliste Anne Sophie Mercier, de la rédaction du journal Le Monde, des personnes interviewées et des autres personnes en lien avec cet article.

Tout d’abord, sachez qu’il n’est pas surprenant pour nous de lire dans Le Monde un point de vue aussi politicard et étriqué, caricatural et orienté. Réduire une lutte d’une grande diversité à un aperçu des coulisses nauséabondes du jeu électoral entre Verts et PS, et surtout réduire la parole du mouvement à celle de représentants associatifs ne reflétant qu’une des multiples tendances de la lutte contre l’aéroport de Notre Dame des Landes, c’est faire montre d’une ignorance profonde des enjeux politiques de cette lutte. Comme d’habitude la presse nous gratifie de sa vision binaire, simpliste et manichéenne des mouvements sociaux, martelant sans cesse cette division convenue entre gentils manifestants et méchants « anars », écolos pacifistes et « ultras », altermondialistes et casseurs pendant les sommets internationaux. D’un torchon comme Presse Océan à un soi disant « journal de référence » comme Le Monde, le discours est le même.

La journaliste ne se focalise que sur une seule figure, celle du vétéran et héros médiatique du Larzac donnant une image policée de l’opposant qui omet toute la radicalité de la lutte du Larzac comme celle de Notre Dame des Landes, celle du militant institutionnel : qui ne veut pas de l’aéroport dans son jardin, qui ne rejette pas la société qui le produit, qui prône l’agrandissement de l’aéroport actuel, qui fait de l’avion de tourisme à ses heures perdues et pour qui la lutte contre l’aéroport se résume à une succession de recours juridiques et de consécrations médiatiques.

Comme tous les journalistes, Anne Sophie Mercier est imprégnée du discours dominant et engluée dans son ethnocentrisme de classe. Selon elle, la lutte a pour seul salut l’appui des partis politiques et l’action du militant modèle, un jeune normalien qui joue le jeu institutionnel et milite « scientifiquement » pour retarder le projet, Dorian Piette.

Cet été, lors de la lutte contre la ligne LGV Lyon/Turin en Italie (No Tav), la ligne artificielle de séparation, que les journaux ont tenté d’ériger entre gentils et méchants manifestants, a été mise à mal. Ce sont près de 70 000 personnes qui ont exprimé le refus de ce dualisme en criant : « nous sommes tous des Black Bloc ». Marquer les différences entre squatteurs/occupants et « extérieurs » et laisser transparaître une fantastique solidarité entre agriculteurs et occupants, est un double-jeu assez vicieux. C’est une falsification de la réalité. Nous ne voulons pas dire par là que la solidarité est inexistante, nous apprécions grandement ces moments où avec 20 tracteurs nous encerclons la mairie de Notre Dames Des Landes dans la joie.

Mais la réalité au jour le jour est bien différente de cette assertion de la journaliste, naviguant à tout moment entre citations et avis personnel : « à chaque fois que la gendarmerie, très présente sur la zone, effectue des perquisitions chez les squatteurs, les paysans, prévenus par courriels ou SMS, se précipitent, en voiture ou en tracteur, pour faire acte de présence, mettre en scène la cohésion du groupe, à toute heure du jour et de la nuit« . A cette vision idyllique, nous préférons les faits : les perquisitions ne sont pas (encore ?) monnaie courante sur la ZAD, les agriculteurs locaux ne sont pas prévenus 24h/24 et n’accourent pas en tracteur lorsqu’un événement survient dans un lieu occupé. Mais si une telle vision enchante les représentants de l’ACIPA et de l’ADECA, libre à eux qu’elle devienne réalité.

La journaliste écrit : « En revanche, la méfiance est viscérale envers les « extérieurs », quelques dizaines tout au plus, qui se sont greffés sur ce combat et polluent les grandes manifestations. Ils sont issus de la région, mais quelques uns viennent d’Australie, d’Angleterre. On les dit « anars » mais ils veulent surtout en découdre, sont à l’origine de l’attaque de la caravane du PS à Nantes en août et du saccage des locaux de la fédération socialiste de Haute-Garonne il y a une dizaine de jours. Leur présence est un souci permanent pour les agriculteurs qui savent que leur combat peut en être décrédibilisé« . Nous espérons que ce paragraphe imprégné d’un chauvinisme confinant à la xénophobie reflète l’opinion de la journaliste engoncée dans ses stéréotypes urbains. Il serait en effet plus que surprenant que ces propos soient la paraphrase du discours off de ces très médiatiques opposants institutionnels qui affichent une solidarité sans faille envers les occupants.

Alors sachez que nous, occupant-e-s de la ZAD, sommes solidaires les un-e-s les autres, que nous ne considérons pas les personnes selon leur nationalité, leur origine ou leur moyen d’action comme « extérieurs » à la lutte mais comme partie intégrante de la lutte contre l’aéroport et, dans une mesure plus globale, dans la lutte contre le système capitaliste et l’Etat. Nous affichons clairement notre solidarité envers toutes ces personnes que vous et vos confrères journalistes catégorisez, et envers toutes les actions qu’il y a eu en France et ailleurs en soutien à la lutte contre l’aéroport et Vinci.

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Texte publié sur zad.nadir.org

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