Que sont ces soulèvement dont on sait à peine quelque chose ?

Il est vrai que de bonnes informations sur ce qui se passe à l’autre bout du monde peuvent certes être intéressantes, d’autant plus que nous savons que les journaux officiels sont remplis jour après jour de mensonges et de propagande démocratique. Mais il est certes aussi vrai qu’il est impossible de refléter les choses exactement comme elles le sont. Il vaut certes la peine de creuser pour savoir ce qui se passe, mais d’autant plus vaut-il la peine de toucher quelques mots sur les choses qui nous semblent importantes, comme une amorce pour parler de nos idées. Donc, pas en tant que journalistes, mais comme des personnes en lutte qui replacent le soulèvement dans les pays arabe en leur propre sein. Comme une tentative permanente de relier notre lutte ici pour la liberté avec leur lutte pour la liberté là-bas. Parce que les insurgés là-bas nous donnent du courage et nous inspirent à persévérer, parce que leur lutte étend notre propre horizon et approfondit nos idées. Parce que ça nous rend heureux quand on apprend que des gouvernements sont chassés et que leurs bâtiments sont détruits. Pas parce que nous voulons consommer les cris de liberté des autres via internet, mais parce que nous nous sentons intimement liés avec tout acte de révolte contre l’autorité et pour la liberté, où qu’il soit dans le monde.

Risques et confiance
« Mon sang, mon âme, pour toi je mourrai. »

Il est impossible de lutter sans prendre des risques. Que se passerait-il si ta meilleure amie, ta compagnonne de lutte, ton frère ou ta voisine se faisait tuer lors d’une protestation dans la rue, parce qu’elle luttait trop ardemment, en plein combat pour la liberté  ? En Syrie, les «versets» cités ci-dessus sont récités lors des funérailles des opposants tués par le régime. Tout comme dans d’autres pays, les larmes pour la mort d’un compagnon sont reforgées en poignées de main plus déterminées encore… On pourrait se poser la question : nous aussi serions-nous capables de rester debout quand on est frappé d’une telle manière ? Nous aussi serions-nous capables de devenir plus déterminés à travers les contretemps de la vie en lutte ? Au lieu de penser à ce que nous perdrions de notre liberté en luttant, sachons que c’est seulement en luttant que l’on peut conquérir la liberté.
Et tout comme il est impossible de lutter sans prendre des risques, il est impossible de lutter sans avoir confiance en soi-même et en ceux qui se trouvent à nos côtés. Si on vit sous une dictature, la confiance entre compagnons de lutte doit être profonde, tellement profonde que les services de renseignements n’y ont pas d’accès. Et en effet, quelle différence il y a-t-il entre ceux qui travaillent pour les renseignements en échange d’avantages et de privilèges, et les délateurs qui sont prêts à vendre la peau de leurs complices en échange de la tranquillité, de l’argent, des drogues, d’une libération  ? Ou les braves citoyens qui sont toujours prêts à appeler la police, à condamner d’autres, à se jeter devant une prison pour la protéger contre des manifestants enragés s’il le faut. Si nous voulons lutter pour un autre monde et contre tous ceux qui nous oppriment, alors il faut en finir avec l’acceptation de cette tendance dans la société de tout le monde qui balance tout le monde.

Liberté et autonomie

Tout comme il nous faut se débarrasser de tous les dirigeants. Dans la lutte pour la liberté, dès qu’on se remet à écouter n’importe quel chef qui nous dit d’arrêter de réfléchir, ce qu’il faut qu’on fasse et comment il faut qu’on le fasse, nous perdons de nouveau la liberté. On peut le voir en Lybie, en Egypte, en Tunisie, mais on apprend aussi que le vent insurgé là-bas ne s’est toujours pas calmé. Que des gens sont en train de s’insurger de nouveau, contre les nouveaux maîtres. La lutte pour la liberté continue et il nous semble particulièrement important d’en causer, car nous aussi, nous menons une lutte pour la liberté, contre toute politique et gouvernants.
En tant qu’anarchistes insurgés, nous préférons l’auto-organisation et l’autonomie de petits groupements de compagnons qui se coordonnent entre eux à toute tentative politique d’unir la lutte sous un seul et unique programme. Nous ne voulons pas appeler les gens à courir derrière nous et ne voulons pas faire d’eux ce que nous désirons, non, nous voulons encourager chacun et chacune à s’organiser avec ceux dont il ou elle se sent le plus proche. De cette manière, on peut se renforcer les uns les autres et quand même rester nous-mêmes, on peut se réunir quand on le pense nécessaire, mais on peut aussi de nouveau se séparer quand on le désire. De cette manière, nous apprenons à être indépendants dans la lutte et à développer notre propre pratique offensive. Quand l’insurrection se déroule au quotidien, et grandit parce que nous choisissons pour elle, nous, entourés de milliers de personnes, ne serons pas une masse vulnérable, mais des individus assez forts et capables de partir ensemble à l’assaut du ciel.

Pour la destruction de toutes les cages

Pendant que beaucoup de gens se lamentent et se doutent du sens d’une lutte pour la liberté, dans d’autres pays, les larmes pour les morts se mélangent avec les poignées de l’esprit combatif. Et ici nous disons  : combien de gens doivent encore être jetés à la rue  ? Combien de sans-abris doivent mourir cet hiver  ? Combien de braqueurs doivent être tués  ? Combien de heures sacrifiées à un boulot à la con  ? Combien de mois encore derrière les barreaux  ? Combien d’années encore vivre avec quelqu’un qui te frappe et te terrorise  ? Combien de secondes par jours passer en mode dépressif  ? Combien de temps encore se consoler avec des heures de télévision, des litres de bière, des tas de trucs étincelants ? Depuis combien de temps le sait-on déjà que cette société n’a rien à nous offrir  ? Alors, finissons-en enfin avec cette façon traumatisée d’être dans la vie. Il y aura toujours des plaies à panser, mais la vie nous offre plus que nos problèmes et lamentations. Soyons courageux, combatifs, déterminés. Débarassons-nous des chaines de la peur et osons regarder la liberté confiamment en face, la liberté avec ses beaux yeux défiants.

Et ne luttons pas pour une vie meilleure, pour une cage plus agréable. Mais luttons pour rien de moins que la vie libre, pour la destruction de toutes les cages.

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Extrait de Hors Service n°23

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